Les présidents
Georges Pompidou
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Georges Pompidou (1911-1974), gaulliste, président de 1969 à 1974, après avoir été le Premier ministre le plus durable de de Gaulle (1962-1968). Élu en 1969 face au centriste Alain Poher, il incarne « le changement dans la continuité » : fidélité aux institutions, mais industrialisation accélérée, ouverture de l'Europe au Royaume-Uni et goût de l'art contemporain. Malade, il meurt en fonction le 2 avril 1974, à la toute fin des Trente Glorieuses.
Pourquoi a-t-il été élu ?
Le 28 avril 1969, de Gaulle démissionne après avoir perdu son référendum. Pompidou, qui a dirigé le gouvernement pendant six ans et négocié les accords de Grenelle en mai 1968, est le candidat naturel de la majorité : il rassure les gaullistes par la continuité et attire une partie des centristes par son ouverture, notamment européenne. En face, la gauche part divisée et est éliminée dès le premier tour. Le second tour l'oppose à Alain Poher, président centriste du Sénat, que le Parti communiste renvoie dos à dos avec lui — « bonnet blanc et blanc bonnet » — en appelant à l'abstention. Pompidou l'emporte le 15 juin 1969 avec environ 58,2 % des voix.
Source : Conseil constitutionnel — résultats officiels de l'élection présidentielle des 1er et 15 juin 1969
Sa présidence en une phrase
Le président qui a prouvé que la Ve République pouvait survivre à son fondateur, et qui a mis la France à l'heure industrielle — usines, autoroutes, Airbus, nucléaire — tout en ouvrant l'Europe au Royaume-Uni, avant de mourir en fonction, sa maladie dissimulée aux Français.
Sa présidence en cinq dates
15 juin 1969 — Élu président au second tour face à Alain Poher, avec environ 58,2 % des voix. La gauche, éliminée au premier tour, était absente du duel.
1er-2 décembre 1969 — Sommet européen de La Haye : Pompidou lève le veto que de Gaulle opposait à l'entrée du Royaume-Uni dans la CEE. L'adhésion devient effective en 1973.
23 avril 1972 — Référendum sur l'élargissement de la CEE : environ 68 % de oui, mais environ 40 % d'abstention — une victoire arithmétique, une déception politique.
Octobre 1973 — Premier choc pétrolier : le prix du pétrole s'envole après la guerre du Kippour. La fin des Trente Glorieuses se joue dans les derniers mois du mandat.
2 avril 1974 — Mort en fonction, emporté par la maladie de Waldenström qu'il avait dissimulée. Deuxième président de la Ve République à ne pas achever son mandat.
Sa présidence en cinq mesures
Création du SMIC (1970) — Le salaire minimum de croissance, indexé sur la croissance et non plus seulement sur les prix, remplace le SMIG. Il existe toujours.
Entrée du Royaume-Uni dans la CEE (1969-1973) — La levée du veto gaulliste au sommet de La Haye relance la construction européenne : l'Europe des Six devient l'Europe des Neuf en 1973.
L'« impératif industriel » — Soutien aux champions nationaux : Airbus (premier vol de l'A300 en 1972), Concorde, complexe sidérurgique de Fos-sur-Mer, autoroutes, études du futur TGV.
Mensualisation des salaires (1970) — Engagée par accord entre patronat et syndicats sous l'impulsion du gouvernement Chaban-Delmas : les ouvriers payés à l'heure deviennent progressivement des salariés mensualisés.
Décision du Centre Beaubourg (1969) — Un grand centre d'art moderne et de lecture publique au cœur de Paris. Ouvert en 1977, après sa mort, il porte son nom : le Centre Pompidou.
Les grandes lignes de son programme
Sa campagne de 1969 tient dans une formule : « le changement dans la continuité ». Continuité, car il se présente en héritier de de Gaulle et en garant des institutions de la Ve République, face à un Alain Poher soupçonné de vouloir revenir à un régime plus parlementaire. Changement, car il assume trois inflexions : l'ouverture européenne (il annonce qu'il ne s'opposera plus à la candidature britannique à la CEE), l'ouverture politique vers les centristes — plusieurs figures du centre, comme Jacques Duhamel ou Joseph Fontanet, rejoindront sa majorité —, et la priorité donnée à la modernisation économique.
Sur le fond, son projet est avant tout industriel : faire de la France une grande puissance industrielle capable de rivaliser avec l'Allemagne, en soutenant des champions nationaux et de grands programmes d'équipement. Le volet social existe — son Premier ministre Jacques Chaban-Delmas y ajoutera l'ambitieux projet de « Nouvelle société » — mais, pour Pompidou lui-même, le progrès social découle d'abord de la croissance. Pas de rupture institutionnelle promise : il défend la lecture présidentielle du régime héritée de de Gaulle, tout en lançant plus tard, en 1973, un projet de quinquennat qui n'aboutira pas.
Source : Conseil constitutionnel — élection présidentielle de juin 1969 · Éric Roussel, Georges Pompidou, JC Lattès (rééd. 2004) — chapitres sur la campagne de 1969
Les principales mesures, une par une
Création du SMIC (loi du 2 janvier 1970) : le salaire minimum interprofessionnel de croissance remplace le SMIG et est indexé en partie sur la croissance, pour que les plus bas salaires suivent l'enrichissement du pays. Toujours en vigueur.
Mensualisation des salaires (accord interprofessionnel de 1970) : négociée sous l'impulsion du gouvernement Chaban-Delmas, elle fait progressivement passer les ouvriers du paiement à l'heure au salaire mensuel, avec les garanties associées.
Levée du veto britannique (sommet de La Haye, décembre 1969) : le Royaume-Uni, le Danemark et l'Irlande entrent dans la CEE le 1er janvier 1973, après un référendum français d'approbation le 23 avril 1972.
L'« impératif industriel » : soutien à l'aérospatiale (Airbus — premier vol de l'A300 en octobre 1972 —, Concorde, dont le premier vol a lieu en mars 1969), complexe sidérurgique de Fos-sur-Mer, programme autoroutier accéléré, études préparant le futur TGV. En mars 1974, sous le gouvernement Messmer, le plan Messmer engage massivement la France dans le nucléaire civil, en réponse au choc pétrolier.
Création du ministère de l'Environnement (janvier 1971) : le premier du genre en France, confié à Robert Poujade.
Loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France : modernisation des statuts de la banque centrale, devenue l'objet d'un récit contesté sur la dette (voir Vrai/Faux).
Et un projet resté inabouti : le quinquennat, voté par les deux chambres en 1973 mais jamais soumis au Congrès, faute de majorité suffisante.
Source : Légifrance — loi du 2 janvier 1970 (SMIC), loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France · Vie-publique.fr — chronologies de la présidence Pompidou (1969-1974)
Les grands événements du mandat
1969 : élection en juin, sommet de La Haye en décembre — la relance européenne est le premier acte fort du mandat. 9 novembre 1970 : mort de de Gaulle ; Pompidou annonce aux Français que « la France est veuve » — l'une des rares phrases de lui que tout le monde retient. 1971 : la grâce partielle accordée à Paul Touvier, ancien milicien, provoque une vive polémique lorsqu'elle est révélée en 1972. 23 avril 1972 : référendum sur l'élargissement de la CEE — environ 68 % de oui, mais environ 40 % d'abstention, résultat politiquement décevant qui affaiblit l'exécutif. Juillet 1972 : Chaban-Delmas, dont le projet de « Nouvelle société » indisposait l'Élysée, est remplacé par Pierre Messmer. Mars 1973 : les législatives voient la majorité résister à la gauche, unie depuis le programme commun de 1972. 1973 : lancement du projet de quinquennat, jamais mené à terme. Octobre 1973 : la guerre du Kippour déclenche le premier choc pétrolier — le prix du pétrole quadruple en quelques mois, ébranlant le modèle de croissance sur lequel reposait toute la politique du mandat. Hiver 1973-1974 : l'état de santé du président, officiellement nié, devient visible de tous. 2 avril 1974 : Georges Pompidou meurt en fonction, à 62 ans.
Source : Vie-publique.fr et INA — chronologie et archives de la présidence Pompidou · Conseil constitutionnel — référendum du 23 avril 1972, législatives de mars 1973
Sa manière de gouverner
Un parcours atypique pour un président : normalien, agrégé de lettres, professeur, puis banquier chez Rothschild, il n'a jamais été élu à rien avant d'être nommé Premier ministre en 1962 — où il reste six ans, record de longévité à Matignon sous la Ve République, survivant même à la seule motion de censure jamais adoptée (octobre 1962). En mai 1968, c'est lui qui négocie les accords de Grenelle ; en juillet, de Gaulle le remercie, ce qui laissera des traces entre les deux hommes.
Devenu président, il pratique une lecture très présidentielle des institutions : l'Élysée pilote, Matignon exécute. L'expérience Chaban-Delmas le montre — le projet de « Nouvelle société » (dialogue social, contractualisation, libéralisation de l'information) est freiné par l'Élysée et ses conseillers, notamment Pierre Juillet et Marie-France Garaud, avant que Chaban ne soit remplacé par le plus docile Pierre Messmer en 1972.
L'homme est à double face : provincial du Cantal attaché à la France des terroirs, et amateur passionné d'art contemporain qui fait entrer des œuvres modernes à l'Élysée, publie une anthologie de la poésie française et décide Beaubourg. Face secrète aussi : atteint de la maladie de Waldenström, il gouverne malade en le dissimulant — une question de transparence que la Ve République retrouvera après lui.
Source : Éric Roussel, Georges Pompidou, JC Lattès (rééd. 2004) · Assemblée nationale — motion de censure adoptée le 5 octobre 1962 contre le gouvernement Pompidou
Le bilan économique et social — en distinguant ce qui lui revient
Évolutions constatées : les années 1969-1973 comptent parmi les plus fortes croissances de l'histoire économique française — environ 5 à 6 % par an selon les séries de l'INSEE —, avec un chômage encore très faible (autour de 2 à 3 % de la population active au début des années 1970, selon les définitions de l'époque). L'industrie française monte en gamme, l'équipement du pays (autoroutes, téléphone, logement) s'accélère. En contrepartie, l'inflation s'installe — environ 6 % par an au début des années 1970, avant de s'emballer avec le choc pétrolier de 1973.
Ce qui relève de ses choix : la stratégie des champions nationaux et des grands programmes (Airbus, nucléaire préparé puis décidé en 1974, Fos-sur-Mer), qui structureront l'économie française pendant des décennies ; le pari du tout-automobile et de l'adaptation des villes à la voiture, très critiqué depuis ; les avancées sociales négociées (SMIC, mensualisation), prolongement des accords de Grenelle.
Ce qui relève du contexte : il gouverne pendant les dernières années des Trente Glorieuses, une période de croissance mondiale exceptionnelle qu'aucun gouvernement français n'a « créée ». Le choc pétrolier d'octobre 1973 survient en toute fin de mandat : la crise qui suit sera pour ses successeurs. Les historiens de l'économie débattent surtout d'une question : le modèle pompidolien — productiviste, énergivore, centré sur l'industrie lourde — préparait-il bien la France aux années 1970-1980, ou en a-t-il retardé les adaptations ?
Source : INSEE — séries longues de croissance, d'inflation et d'emploi, années 1969-1974
Ce que ses défenseurs retiennent
Le président de la prospérité : sous son mandat, la France connaît le plein emploi, des salaires en hausse et l'une des croissances les plus fortes de son histoire — et il en profite pour équiper durablement le pays. Le modernisateur industriel : Airbus, la préparation du nucléaire civil, les autoroutes, les études du TGV — une grande partie de l'appareil productif et des infrastructures dont la France vit encore vient de ces années-là. L'Européen pragmatique : en levant le veto britannique, il a débloqué la construction européenne sans renier l'attachement gaulliste à l'indépendance nationale. Le garant des institutions : après le départ puis la mort de de Gaulle, et après la secousse de 1968, il a prouvé que la Ve République tenait debout sans son fondateur — ce qui n'allait pas de soi. Ses défenseurs ajoutent l'honnête homme cultivé : le professeur de lettres devenu président, l'anthologie de poésie, Beaubourg — une certaine idée de l'État qui n'oppose pas industrie et culture. Enfin, le social par la négociation : Grenelle hier, SMIC et mensualisation ensuite, plutôt que l'affrontement.
Ce que ses opposants retiennent
À gauche : un pouvoir conservateur et autoritaire dans l'après-68 — la loi dite « anti-casseurs » de 1970, durcissement pénal contre les manifestations, abrogée en 1981 ; une télévision publique sous contrôle étroit du pouvoir ; le blocage des réformes de la « Nouvelle société » de Chaban-Delmas, jugées trop audacieuses par l'Élysée. La grâce partielle accordée en 1971 à l'ancien milicien Paul Touvier reste une tache morale largement dénoncée.
Chez les gaullistes orthodoxes : l'entrée du Royaume-Uni dans la CEE est vécue comme une entorse à l'héritage du Général, et certains ne lui pardonnent pas d'avoir préparé sa candidature du vivant de de Gaulle, dès 1969 à Rome.
Critique écologique et urbaine, largement rétrospective : le tout-voiture assumé — voies express sur les berges de la Seine, adaptation revendiquée de la ville à l'automobile —, le productivisme, le béton, Fos-sur-Mer. Une grande partie des politiques urbaines menées depuis les années 2000 consiste précisément à défaire cet héritage.
Enfin, la dissimulation de sa maladie : gouverner en cachant aux Français un état de santé déclinant pose une question démocratique que ses successeurs, à commencer par Mitterrand, n'ont pas mieux résolue.
Son héritage aujourd'hui
Matériel d'abord : Airbus est devenu le premier avionneur mondial, le parc nucléaire décidé dans la foulée du plan Messmer fournit encore l'essentiel de l'électricité française, le réseau autoroutier et les grandes zones industrielles portent sa marque. Le Centre Pompidou, ouvert en 1977, a fait entrer son nom dans le quotidien de millions de visiteurs — ironie de l'histoire pour un président souvent réduit à l'industrie.
Politique ensuite : le « pompidolisme » désigne une droite de gouvernement pragmatique, économiquement moderne et socialement prudente ; Jacques Chirac, lancé en politique dans son sillage, s'en est longtemps réclamé. Institutionnellement, sa présidence a prouvé que la Ve République survivait à son fondateur, et son projet avorté de quinquennat annonçait la réforme adoptée en 2000.
Héritage débattu enfin : le modèle productiviste et le tout-voiture sont devenus des contre-exemples dans le débat urbain et écologique ; et la loi de 1973 sur la Banque de France alimente, très au-delà des faits, un récit complotiste sur l'origine de la dette publique — signe qu'un mandat court, dense et longtemps consensuel est redevenu un enjeu d'interprétation. Reste une singularité : Pompidou demeure l'un des présidents les moins contestés dans la mémoire collective, peut-être parce que la crise a commencé juste après lui.
1962-1974 : de Matignon à l'Élysée
1962-1968 — Premier ministre de de Gaulle : Six ans à Matignon, record de longévité sous la Ve République. Son gouvernement est renversé par la seule motion de censure jamais adoptée (octobre 1962) ; de Gaulle dissout, gagne, et le reconduit.
mai-juillet 1968 — Grenelle, puis le renvoi : Il négocie les accords de Grenelle qui contribuent à dénouer la crise de mai 68. Après la victoire écrasante des législatives de juin, de Gaulle le remplace par Maurice Couve de Murville.
15 juin 1969 — Élu président : Après la démission de de Gaulle (avril 1969), il bat Alain Poher au second tour avec environ 58,2 % des voix. La gauche, éliminée au premier tour, était absente ; le PCF avait appelé à l'abstention (« bonnet blanc et blanc bonnet »).
1er-2 déc. 1969 — Sommet de La Haye : Pompidou lève le veto français à l'entrée du Royaume-Uni dans la CEE et relance la construction européenne. L'adhésion britannique devient effective le 1er janvier 1973.
1969-1972 — Chaban-Delmas et la « Nouvelle société » : Le Premier ministre porte un projet de modernisation sociale (dialogue social, contractualisation, mensualisation, SMIC en 1970) — progressivement freiné par l'Élysée.
9 nov. 1970 — Mort de de Gaulle : Pompidou annonce le décès du Général aux Français. Il est désormais seul dépositaire de l'héritage gaulliste au pouvoir.
23 avril 1972 — Référendum sur l'élargissement : Environ 68 % de oui à l'entrée du Royaume-Uni, du Danemark et de l'Irlande dans la CEE, mais environ 40 % d'abstention : le succès arithmétique est une déception politique.
juillet 1972 — Messmer remplace Chaban : Pierre Messmer, gaulliste de fidélité, succède à Chaban-Delmas. Le cap devient plus conservateur ; les législatives de mars 1973 sont gagnées face à la gauche unie.
octobre 1973 — Premier choc pétrolier : Après la guerre du Kippour, le prix du pétrole quadruple. La France du tout-pétrole vacille ; le plan Messmer (mars 1974) engagera massivement le pays dans le nucléaire civil.
2 avril 1974 — Mort en fonction : Emporté par la maladie de Waldenström, dissimulée jusqu'au bout, il meurt à 62 ans sans achever son mandat. Valéry Giscard d'Estaing lui succède après l'intérim d'Alain Poher.
Idées reçues : vrai ou faux ?
« Pompidou n'a été qu'un continuateur sans relief de de Gaulle. » — Trompeur. La continuité est réelle : mêmes institutions, même lecture présidentielle du régime, même famille politique — c'était d'ailleurs sa promesse de campagne (« le changement dans la continuité »). Mais les inflexions sont tout aussi réelles et assumées. Sur l'Europe, il lève dès décembre 1969, au sommet de La Haye, le veto que de Gaulle opposait à l'entrée du Royaume-Uni dans la CEE — l'adhésion devient effective en 1973, avec le Danemark et l'Irlande. Sur l'économie, il fait de l'« impératif industriel » la priorité du mandat : Airbus, Concorde, Fos-sur-Mer, autoroutes, préparation du nucléaire civil. Sur la société, son quinquennat voit naître le SMIC (1970), la mensualisation des salaires et le premier ministère de l'Environnement (1971) — même s'il a freiné la « Nouvelle société » de Chaban-Delmas. Réduire ce bilan à une simple gestion de l'héritage gaulliste ne correspond pas aux faits ; certains gaullistes orthodoxes lui reprochaient au contraire d'avoir trop infléchi la ligne du Général.
« C'est Georges Pompidou qui a créé le Centre Pompidou. » — Partiellement vrai. Il est bien à l'origine du projet : grand amateur d'art contemporain, il décide en 1969 la création d'un grand centre consacré à l'art moderne et à la lecture publique sur le plateau Beaubourg, à Paris, et suit personnellement le concours d'architecture remporté par Renzo Piano et Richard Rogers. Mais il n'a jamais vu le bâtiment achevé : le centre ouvre en janvier 1977, près de trois ans après sa mort en fonction (2 avril 1974), et c'est à ce moment-là qu'il est nommé « Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou » en son honneur. Dire qu'il l'a « créé » est donc vrai pour la décision politique, faux si l'on imagine qu'il a inauguré ou dirigé l'institution qui porte son nom.
« La loi de 1973 sur la Banque de France a interdit à l'État d'emprunter gratuitement et est à l'origine de la dette publique. » — Trompeur. Ce récit, très répandu sous le nom de « loi Pompidou-Giscard-Rothschild », prête à la loi du 3 janvier 1973 un rôle qu'elle n'a pas eu. Cette loi modernise les statuts de la Banque de France ; son article 25 encadre les avances directes au Trésor, mais celles-ci restaient possibles dans des conditions fixées par convention — et l'État empruntait déjà largement sur les marchés avant 1973. Surtout, la chronologie contredit la thèse : la dette publique française reste modérée pendant les années 1970 et n'explose qu'à partir des déficits budgétaires répétés d'après 1974, dans le contexte des chocs pétroliers, puis des décennies suivantes. Les historiens de l'économie qui ont examiné ce récit le jugent largement infondé : c'est l'accumulation des déficits, pas un texte de 1973, qui a créé la dette. L'interdiction stricte du financement monétaire des États viendra d'ailleurs plus tard, avec le traité de Maastricht (1992).
Sources
- Conseil constitutionnel — résultats officiels : présidentielle de juin 1969, référendum du 23 avril 1972, législatives de mars 1973
- Légifrance — loi du 2 janvier 1970 (SMIC), loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France
- Vie-publique.fr — dossiers et chronologies de la présidence Pompidou
- INSEE — séries longues croissance, inflation, emploi 1969-1974
- Éric Roussel, Georges Pompidou, JC Lattès (rééd. 2004)
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