Les institutions
Le président de la République
Dernière vérification factuelle : 2026-07-12
En 20 secondes
Le président de la République est le chef de l'État, élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il nomme le Premier ministre, dirige la diplomatie et les armées, peut dissoudre l'Assemblée nationale — mais il ne vote pas les lois et ne peut pas gouverner seul : sans majorité à l'Assemblée, son pouvoir réel diminue fortement. C'est l'institution la plus puissante de la Ve République, et la plus mal comprise.
Le schéma simple
Les citoyens élisent le président ET les députés — deux légitimités distinctes. Le président nomme le Premier ministre, qui forme un gouvernement ; ce gouvernement propose des lois et les applique ; l'Assemblée les vote et peut renverser le gouvernement (motion de censure) ; les juges — dont le Conseil constitutionnel — vérifient le respect des règles.
Tout le système repose sur une question : le président a-t-il une majorité à l'Assemblée ? Si oui, il gouverne réellement (le Premier ministre applique sa politique). Si non, le pouvoir bascule vers le Parlement et le gouvernement — jusqu'à la cohabitation, où le président se replie sur la diplomatie et la défense.
Ce qu'il fait vraiment
Ses pouvoirs « propres » (sans contreseing du gouvernement) : nommer le Premier ministre, dissoudre l'Assemblée nationale, soumettre certains textes à référendum, saisir le Conseil constitutionnel, et — en cas de crise majeure menaçant les institutions — les pouvoirs exceptionnels de l'article 16, très encadrés et utilisés une seule fois (1961).
Ses pouvoirs « partagés » (qui exigent la signature du gouvernement) : nommer aux emplois civils et militaires, signer les ordonnances et décrets délibérés en conseil des ministres, promulguer les lois. Il préside le conseil des ministres, est le chef des armées (il détient notamment la décision d'engagement de la dissuasion nucléaire) et conduit la politique étrangère avec le gouvernement.
Source : Constitution du 4 octobre 1958, articles 5 à 19 (Légifrance)
Ce qu'il ne peut PAS faire
Le président ne vote pas les lois et n'en écrit pas : c'est le travail du Parlement et du gouvernement. Le 49.3 n'est pas son outil mais celui du Premier ministre. Il ne peut pas renvoyer un député, ni annuler une décision de justice, ni gouverner par décret sur n'importe quel sujet. Il ne peut plus enchaîner plus de deux mandats consécutifs (révision de 2008). Et il ne peut pas démettre un Premier ministre qui refuse de démissionner — en pratique, les Premiers ministres remettent leur démission, mais c'est une convention, pas une obligation juridique.
Élection : comment ça marche
Scrutin uninominal majoritaire à deux tours : si personne n'obtient la majorité absolue au premier tour (jamais arrivé sous la Ve), les deux premiers s'affrontent au second. Pour se présenter, il faut 500 parrainages d'élus (maires, parlementaires…), issus d'au moins 30 départements, rendus publics. Mandat de 5 ans depuis le référendum de 2000 (7 ans auparavant), renouvelable une fois consécutivement depuis 2008.
Source : Conseil constitutionnel — règles de l'élection présidentielle et parrainages
Pourquoi le président français est-il si puissant ?
Trois raisons cumulées. La Constitution de 1958, écrite pour de Gaulle après l'impuissance de la IVe République, donne à l'exécutif des armes fortes (dissolution, référendum, article 16). La révision de 1962 fait élire le président au suffrage universel direct : il devient le seul élu de toute la nation, ce qu'aucun autre dirigeant d'Europe occidentale parlementaire n'est. Enfin le « fait majoritaire » : depuis 1962, l'élection présidentielle structure la vie politique, et les législatives qui suivent donnent (presque toujours) une majorité au président élu — le quinquennat et l'inversion du calendrier en 2000-2002 ont renforcé ce mécanisme.
Résultat : quand il a une majorité, le président français concentre plus de pouvoir effectif que la plupart de ses homologues démocratiques. Mais ce pouvoir est conditionnel — les élections de 2022 puis la dissolution de 2024, qui ont privé l'exécutif de majorité absolue, l'ont rappelé brutalement.
Source : Vie-publique.fr — « Pourquoi le président de la Ve République a-t-il autant de pouvoirs ? »
La dissolution : l'arme à double tranchant
Le président peut dissoudre l'Assemblée nationale à presque tout moment (pas deux fois en moins d'un an), pour provoquer de nouvelles législatives. C'est un pari : de Gaulle y gagne en 1962 et 1968, Mitterrand en 1981 et 1988 (pour accorder l'Assemblée à sa réélection) — mais Chirac perd sa majorité en 1997, et la dissolution de juin 2024 a produit une Assemblée sans majorité claire. L'arme dissuade le Parlement, mais elle peut se retourner contre celui qui la dégaine.
Source : Constitution, article 12 ; Vie-publique.fr — les dissolutions sous la Ve République
La cohabitation : quand le président perd la main
Si l'Assemblée est dominée par un camp opposé, le président doit nommer un Premier ministre issu de cette majorité : c'est la cohabitation. La politique intérieure passe alors au gouvernement ; le président conserve un rôle fort en diplomatie et défense (on parle de « domaine réservé », expression d'usage — la Constitution ne l'emploie pas) et un pouvoir d'obstruction ponctuel. Trois cohabitations ont eu lieu : 1986-1988 (Mitterrand/Chirac), 1993-1995 (Mitterrand/Balladur), 1997-2002 (Chirac/Jospin). Le quinquennat les a rendues moins probables, pas impossibles — et les Assemblées sans majorité absolue (depuis 2022) créent une situation intermédiaire inédite : ni présidence toute-puissante, ni cohabitation franche.
Source : Vie-publique.fr — les cohabitations de la Ve République
Est-il responsable ? Peut-on le destituer ?
Pendant son mandat, le président bénéficie d'une immunité étendue : il ne peut être ni poursuivi ni jugé pour des actes détachables de sa fonction — les procédures reprennent après le mandat (Jacques Chirac a ainsi été jugé et condamné après 2007, dans l'affaire des emplois fictifs de Paris). Deux exceptions : la Cour pénale internationale, et la destitution de l'article 68 — votée par les deux chambres réunies en Haute Cour à la majorité des deux tiers, « en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat ». Jamais utilisée à ce jour ; des propositions de destitution ont été déposées, aucune n'a franchi les étapes requises.
Politiquement, le président n'est responsable devant personne entre deux élections : c'est la grande différence avec le Premier ministre, que l'Assemblée peut renverser. Les critiques du « présidentialisme » français partent de là.
Source : Constitution, articles 67-68 (révision de 2007) ; Vie-publique.fr — le statut pénal du chef de l'État
Président et Premier ministre : qui fait quoi ?
Sur le papier, la Constitution fait du Premier ministre le chef du gouvernement, qui « détermine et conduit la politique de la Nation » (article 20 confie cela au gouvernement). En pratique, hors cohabitation, le président fixe le cap et le Premier ministre exécute — les Premiers ministres de la Ve ont souvent servi de « fusible » : quand la politique devient impopulaire, on change de Premier ministre, pas de président. Le déséquilibre entre le texte (parlementaire) et la pratique (présidentielle) est la singularité française : les constitutionnalistes parlent de régime « semi-présidentiel ».
Source : Constitution, articles 8, 20, 21
Et ailleurs ? Trois modèles pour comparer
🇫🇷 France (semi-présidentiel) — Président élu au suffrage direct ET Premier ministre responsable devant l'Assemblée. Pouvoir présidentiel très fort avec majorité, réduit sans.
🇺🇸 États-Unis (présidentiel) — Le président est aussi le chef du gouvernement, mais il ne peut pas dissoudre le Congrès — qui ne peut pas le renverser (sauf procédure d'impeachment). Séparation stricte.
🇩🇪 Allemagne (parlementaire) — Le président fédéral a un rôle essentiellement protocolaire ; le pouvoir appartient au chancelier, élu par le Bundestag et responsable devant lui.
🇬🇧 Royaume-Uni (parlementaire) — Pas de président : un monarque sans pouvoir politique réel et un Premier ministre issu de la majorité des Communes, révocable par elle.
Les critiques et les réformes en débat
Les critiques récurrentes : un « monarque républicain » trop peu contrôlé entre deux élections ; un Parlement affaibli ; une personnalisation excessive de la vie politique. Les réformes régulièrement proposées : passer à un régime parlementaire (le président s'efface) ou au contraire pleinement présidentiel (supprimer le Premier ministre, mais aussi la dissolution et le 49.3) ; introduire la proportionnelle aux législatives ; renforcer le référendum d'initiative partagée ; revenir au septennat non renouvelable. Aucune ne fait consensus : chaque camp veut réformer l'institution… surtout quand il ne la détient pas. Les défenseurs du système répondent qu'il a donné à la France une stabilité que la IVe République n'avait jamais connue.
La présidence, de 1958 à aujourd'hui
1958 — La Constitution de la Ve République : Rédigée sous l'autorité de de Gaulle et adoptée par référendum (79 % de oui), elle crée un exécutif fort après l'instabilité de la IVe République. Le président est alors élu par un collège d'élus.
1962 — L'élection au suffrage universel direct : Après l'attentat du Petit-Clamart, de Gaulle fait adopter par référendum (62 % de oui) l'élection directe du président — contre l'avis de presque tous les partis. C'est le vrai acte de naissance de la présidence moderne.
1965 — Première élection directe : De Gaulle est mis en ballottage par François Mitterrand avant de l'emporter au second tour — preuve immédiate que l'élection directe crée un vrai duel national.
1986 — Première cohabitation : La droite gagne les législatives : Mitterrand nomme Jacques Chirac à Matignon. L'institution démontre qu'elle peut fonctionner avec un exécutif divisé.
2000 — Le quinquennat : Référendum (73 % de oui, abstention record) : le mandat passe de 7 à 5 ans. Aligné sur celui des députés, il synchronise présidentielle et législatives et renforce le fait majoritaire.
2008 — Limite des deux mandats consécutifs : La révision constitutionnelle de 2008 limite à deux le nombre de mandats consécutifs et encadre certains pouvoirs (article 16, nominations) tout en renforçant le Parlement sur d'autres points.
2022-2024 — La présidence sans majorité absolue : Réélu en 2022, Emmanuel Macron ne dispose que d'une majorité relative ; la dissolution de juin 2024 aboutit à une Assemblée fragmentée en trois blocs, censure d'un gouvernement en décembre 2024. Le système présidentiel fonctionne en mode dégradé — le débat institutionnel est relancé.
Idées reçues : vrai ou faux ?
« Le président écrit et vote les lois. » — Faux. Les projets de loi sont préparés par le gouvernement, les propositions par les parlementaires — et seul le Parlement vote. Le président promulgue les lois votées (il ne peut pas s'y opposer durablement : il peut seulement demander une nouvelle délibération ou saisir le Conseil constitutionnel). Son influence réelle passe par sa majorité parlementaire, pas par un pouvoir législatif propre.
« Le 49.3 permet au président de la République d'adopter seul une loi. » — Faux. Le 49.3 est un outil du Premier ministre, pas du président. Il permet au gouvernement de faire adopter un texte sans vote à l'Assemblée nationale — mais les députés peuvent répliquer en déposant une motion de censure. Si elle est adoptée (289 voix), le gouvernement tombe et le texte est rejeté. Le 49.3 n'est donc pas un pouvoir absolu : c'est un bras de fer, avec un risque réel pour le gouvernement.
« La France est un régime présidentiel, comme les États-Unis. » — Faux. La France est un régime dit « semi-présidentiel » : le président élu au suffrage direct coexiste avec un Premier ministre responsable devant l'Assemblée — qui peut être renversé par une motion de censure, ce qui n'existe pas aux États-Unis. Inversement, le président français peut dissoudre l'Assemblée, ce que le président américain ne peut pas faire avec le Congrès. Les deux systèmes ne fonctionnent pas du tout de la même façon.
« Le président peut révoquer le Premier ministre quand il le veut. » — Partiellement vrai. Juridiquement, la Constitution prévoit que le président met fin aux fonctions du Premier ministre « sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement » : il ne peut pas le révoquer unilatéralement. En pratique, hors cohabitation, les Premiers ministres remettent leur démission quand le président le demande — c'est une convention politique solidement établie, pas une obligation juridique. En cohabitation, le président ne peut pas se débarrasser d'un Premier ministre soutenu par l'Assemblée.
Sources
À lire ensuite sur Poliscop
- François Mitterrand — 1981-1995 : l'alternance, l'abolition, le tournant de 1983, Maastricht — quatorze années qui divisent encore.
- La droite — Ordre, mérite, marché… et au moins huit droites différentes. Le dossier complet.
- Le 49.3 — L'article qui permet d'adopter une loi sans vote — et le bras de fer qu'il déclenche.
- La motion de censure — Le vote qui peut faire tomber un gouvernement — comment ça marche, quand ça a réussi.
- La proportionnelle — 20 % des voix, 20 % des sièges : le mode de scrutin dont la France débat depuis quarante ans.